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 Paul-Baudouin MICHEL

 Notice sur SYMPHONIUM III  JEANNE LA FOLLE Op. 132

 1987/88 – 45’

 Cette œuvre pour grand orchestre symphonique qui s’ était tout d’ abord titrée  “ … ou le sommeil paradoxal “ , est en fait un commentaire de l’ opéra de PB. MICHEL ”JEANNE LE FOLLE” Créé à l ‘ Opéra de Wallonie en 1993. C’ est une sorte de projection dans le domaine de la musique ( presque ) pure de cet opéra dont elle possède une structure analogue mais non semblable. Comme dans l’ opéra , il n’ y a qu’ un seul motif ou thème principal, le leitmotiv de Philippe Le Beau, objet de l’ amour insensé de Jeanne:

DO – RE ——- DO #

Phil – lip ——– pe ou Fé-lip-pé !

  • clamé par JEANNE sur un rythme syncopé.

     Ce motif parfaitement banal mais bondissant au chromatisme retourné et développé sériellement de toutes sortes de façons engendre par sa présence la plupart du temps invisible des couleurs harmoniques particulières qui alternent avec des couleurs symphoniques dont certaines correspondent aux “ leitfarben” de l’ opéra. L’ œuvre est divisée en 5 parties séparées par des “ Entretoises “ (entretoise: pièce de liaison qui dans une construction, une machine ou un véhicule est placée entre deux éléments qu’ il sépare et unit en même temps; l’ âme d’ un violon est une entretoise fascinante … ) Ces entretoises étant exclusivement jouées par les cordes divisées sont donc des sortes d’âmes qui unissent et sépare les différentes parties remplaçant les classiques et banales transitions par une sorte de colle sonore glissante. En effet ces entretoises sont constituées exclusivement de glissandi en sons paradoxaux ( procédé bien connu en musique électronique utilisé pour la 1ère fois par Pierre Henry en 1952 dans “ Voile d’ Orphée II “ ).

     Entretoise 1 : Quadruple Glissando montant perpétuel

    Entretoise 2 : Quadruple glissando descendant perpétuel avec tremolo

    Entretoise 3 : Quadruple glissando montant perpétuel avec tremolo en sourdine.

    Entretoise 4 : Quadruple glissando descendant perpétuel en sourdine.

    Chaque entretoise dure en moyenne 1’ 30” et est en partie ponctuée par de la percussion brève ou métallique ou des sons d’ instruments hachurés en morse.

    1. Partie : Phraséologie en arbre avec répétitions, croissances organiques, harmonies limitées, 6 cordes graves soli

    2. Partie : Modal, cluster diatoniques, clusters négatifs, scherzo négatif sous forme de rythme funèbre, sur accords branlants ( cf début du 3. acte de l’ opéra, quand Jeanne promène le cadavre de son mari partout .), vents veloutés.

    3. Partie : clusters chromatiques et microchromatique hachés troués ou étagés avec effet de nasard.

    4. Mélodies vocalisantes en trompe-l’oeil ( invisibles sur la partition mais entendues. Accords queues. Unisson vide ( cf dans l’ opéra : avènement de Charles Quint, pâle adolescent retardé dont la voix n’ a pas encore mué.)

    5 Partie : Invention à deux voix en klangfarbenmelodie avec montées et descentes violentes des cordes (Cf Jalousie de Jeanne et voies de fait de Philippe le Beau dans l’ opéra. Fin : de nouveau 6 cordes graves soli apaisantes.

    NB :

    Cette œuvre avait fait l’ objet d’ une commande de la part du Ministère de la Communauté française sur recommandation du jury de musique contemporaine ( ? ) – lettre du 31 août 87 – avec promesse de plusieurs exécutions, plusieurs organismes s’ étant engagés à en assurer une exécution; La société philharmonique de Liège en avait même annoncé la création. Depuis , l’ Orchestre de la RTBF a été supprimé et son chef est décédé et la salle du Conservatoire en réfection (réouverte depuis ). La Partition a été remise au cours de la réunion du 30 juin 1988 à la galerie Ravenstein * sous la présidence de P. Bartholomée ( “On ne joue pas assez ta musique” ). Entre-temps, suite à un déménagement , l’ organisme ministériel a PERDU l’ exemplaire de partition qui lui a été remise. Le matériel d’orchestre réalisé par le CeBeDeM se monte à 450 pages de musique.

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    * RAVENSTEIN : Conseiller de Philippe le Beau et personnage de l’ opéra “JEANNE LA FOLLE” 

  • Notice sur LE GRAAL GRAS  Op. 137 de Paul-Baudouin MICHEL

     (1988/1989 – 20’46 » )

     C’est une des œuvres les plus récentes de PB Michel. Il s’agit d’une bande magnétique faite avec des bruits ou des sons ou complexes de sons d’origine électroniques travaillés de multiples façons selon les méthodes traditionnelles telles que modulation, multiplication, filtrage, écrêtage, inversion, métabole, montage, mixage. On remarquera par exemple à certains moments une sorte de batterie de jazz perçue comme coups colorés et irréguliers; l’intensité de chaque coup est proportionnel à l’intervalle mélodique entre ce dernier et le précédent. Cette bande réalisée au Centre de Recherche Musicale de Wallonie avec Daniel HAKIER comme récitant sert de fond et de commentaire musical à un texte écrit par le compositeur. Cette œuvre porte aussi comme sous-titre « Ode au pétrole » qu’il faut évidemment comprendre ironiquement comme une antiode ( un antidote ! ) comme Schoenberg avait écrit une (anti)Ode à Napoléon.

    Le texte est donc une sorte de véhément réquisitoire poétique contre la pollution par le pétrole ou plutôt par l’homme qui fait littéralement disparaître toute vie naturelle à certains endroits du monde. Dans ce but, on utilise assez souvent une distorsion du langage mais sans aller jusqu’à sa destruction, un langage fait de chocs de mots ou de phonèmes claquant, de néologisme toujours intelligibles cependant par ce qu’ils partent de mots connus téléscopés des mots-valises et de calembours-gigognes en quelque sorte. Voici un exemple :

     -un vaisseau de fer évautré

    – anneau de bronze d’un doge othellien-

    voumillonne coïte la mer incestuérilisée

     Evautré est un emboutissage de vautré avec éventré; voumillonne est fait de vomit et de bouillonne; on devine qu’il s’agit d’un pétrolier qui laisse échapper son contenu à gros bouillons. Incestuérilisée est un emboutissage de incestueux, de tué et de stérilisé qui coulissent. Des mots comme « sangluant », « pestuler », « tuyaujère » se passent facilement d’explications. Une telle utilisation du langage a pour effet d’atteindre le subconscient de l’auditeur et de faire émerger entre autres des idées de culpabilité ou de condamnation. Cette sorte de musique sémantisée va donc se marier avec la musique électronique de deux façons : Il est d’abord demandé au récitant de placer sa voix dans des registres variés et différents pour obtenir une sorte de sprechgesang comme Schoenberg l’a demandé dans l’Ode à Napoléon précisément. Ensuite, avant d’être mixée avec la BM, la voix a été quelque peu travaillée : filtre actif glissant vers le grave ou vers l’aigu, multiplication et surtout modulation par des basses fréquences en passant par un modulateur d’anneau ce qui a pour effet d’érailler la voix de la ronger ou de hachurer les mots en faisant passer la voix dans une enveloppe temporelle très brève et percussive.

     Cette œuvre a été présentée au Festival de Bourges en juin 1990.

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