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Notice sur CONCATENATION Op. 31(1967 – 16′ )

  • Selon PB. Michel, chaque période de l’histoire de la musique à traité un problème musical spécifique ou développé une sorte de thème philosophique appliqué à la musique qui d’ailleurs réfléchit la pensée de son époque. Après le développement prodigieux de la polyphonie à la fin du Moyen-âge, il y eut l’établissement d’un langage très précis de la tonalité et le développement de formes de plus en plus complexes telles que la fugue et la sonate jusqu’à la fin du XVIIIè siècle qui correspond au triomphe de la mécanique comme conception structurelle de l’univers. Même si le langage de la tonalité continuait d’évoluer, le XIXè siècle s’est davantage préoccupé de problèmes esthétiques. Dans les deux premiers tiers du XXème siècle, ce furent les problèmes de langage avec la polytonalité, le sérialisme et les différents systèmes ou procédés d’écriture

  • Il semble bien qu’actuellement et pour l’avenir, c’est le thème du Temps et de sa structuration qui vont être ou sont déjà à l’ordre du jour, tous les temps, le temps matériel, psychologique, relatif, einsteinien, circulaire, ouvert… On trouvait déjà cette préoccupation chez MESSIAEN qui entre autre a étudié le rythme des musiques orientales càd. leur conception du temps ouvert très différente de la nôtre qui est fermée. On trouve également cette préoccupation chez STOCKHAUSEN qui comprime, dilate et rend le temps musical élastique. L’étude du temps procède en effet de la mémoire tellement étudiée sous toutes ses formes de nos jours, cette mémoire qu’on a voulu nier dans les oeuvres multisérielles des années 50 (ce qui est encore une façon de se préoccuper du temps). Depuis, nombreuses sont les oeuvres qui ont le Temps comme thème sous-jacent depuis la musique minimaliste ou répétitive jusqu’aux œuvres mobiles dont la durée est variable en passant par les juxtapositions d’un MESSIAEN. Ce dernier avait fait lors de l’Exposition de Bruxelles de I958 une conférence sur le rythme et donc sur le Temps. N’oublions pas que la musique est essentiellement selon moi un art du Temps et non un langage ce dernier aspect n’étant qu’un élément extrinsèque plus ou moins culturel.

  • CONCATENATION Op. 31 pour orchestre de chambre écrit en 1967 illustre aussi cette préoccupation de structurer le temps musical tout en le modulant. CONCATENATION en linguistique signifie enchaînement soit donc ici l’art d’enchaîner les idées musicales, les moments ou les groupes en les juxtaposant en les opposant en les tuilant en les faisant se suivre par fondu-enchaîné (le procédé bien connu du cinéma – cet autre art du Temps ) en les métabolisant par variation ou transformation.

  • On remarquera par exemple dès le début une attaque de percussion prolongée par un « accord » de sons tenus par des cors en pianissimo sur lequel apparaissent des sons très brefs lesquels se multiplient,se resserrent, se densifient s’accumulent jusqu’à la saturation telle que le temps n’est plus mesuré et devient comme « à plat ». Le chef d’orchestre ne bat plus la mesure mais dessines des cercles plus ou moins amples comme repères. Une pièce de ce genre ne devrait pas se terminer mais simplement s’interrompre. C’est d’ailleurs ce qui se passe; après un unisson étalé sur 5 octaves pour donner une impression de profondeur et de spatialisation creuse et où pour reprendre cette parole que dans une fulgurante intuition Wagner fait dire à Gurnemanz dans Parsifal : « ici le temps devient espace« , on peut d’ailleurs lire sur la partition à la dernière mesure l’indication suivante : »couper le son nettement ».

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