Orphée Abymé – tableau personnages

Paul – Baudouin MICHEL

Notice sur “ORPHÉE ABYMÉ Op. 150

(Synopsis )

 Le compositeur ORPHEE a composé un opéra intitulé “ORFEO” et tente en vain d’obtenir un RV avec le directeur de l’opéra, Gottfried Wagner afin de faire jouer son œuvre. Il est amoureux de la Secrétaire de ce dernier qui est parti à Sydney en Concorde dans le but d’écouter une soprano colorature qu’il compte engager malgré son extinction de voix. Scène dans l’avion de retour. Dans la scène suivante, un Psy qui demande sans cesse qu’on l’écoute, veut mettre en scène l’ORFEO d’Orphée qui selon lui est à la recherche de sa mère. La secrétaire Perséphone probablement maîtresse du directeur tente de plaider pour qu’il monte l“ORFEO”. Dans une scène suivante Orphée et le Psy ont enfin réussi a avoir un entretien avec le Directeur. Celui-ci quelque peu hésitant refuse de monter l’œuvre alléguant le manque de subsides. La secrétaire promet à Orphée “d’arranger cela” pendant qu’ on entend en coulisse un choeur répéter “EURYDICE”.

Resté seul en scène le Psy se demande ce qu’il lui arrive en s’apercevant qu’il est tombé amoureux de la secrétaire… Le concierge ‘Cerbère” (ténor bouffe) lui amène COLORA de Sydney afin qu’il la guérisse de son mutisme en la psychanalysant ce qu’il fait aussitôt. Colora saute aussitôt au cou du psy. A la dernière scène qui se passe devant le théâtre , le Directeur déclare à la Secrétaire que l’opéra d’Orphée sera représenté, Colora aura un rôle muet.ORPHEE caché derrière une colonne Morris observe la scène. A ce moment, le concierge surgit et apporte un fax ministériel qui annonce au directeur que le ministre excédé de la mégalomanie du directeur lui retire les subventions. Le théâtre doit fermer. Orphée est désespéré et le psy répète “Ecoutez-moi”. Le concierge abaisse le rideau au moyen d’une télécommande.

Paul – Baudouin MICHEL

Opéra-bouffe de chambre – vidéo en 1 acte ( durée: ca 42’ ) orchestre de chambre élargi. Version réduite possible avec 7 instrumentistes

Cinq personnages :

ORPHÉE, (Baryton martin ) compositeur qui tente de faire jouer son opéra “Orféo

Le DIRECTEUR de l’opéra, Gottfried WAGNER (basse ), en proie à des difficultés financières refuse d’abord , accepte ensuite mais qui va se voir refuser des subsides pour jouer Orféo

La SECRETAIRE, Perséphone ( soprano ) amoureuse du directeur , ensuite d’ Orphée dont elle prend la défense.

Un PSYCHIATRE ( Haute-contre) qui veut mettre en scène Orfeo puis croit tomber amoureux de la Cantatrice

Le CONCIERGE, M.Cerbère (Ténor bouffe ) qui a tout à dire, lit les fax adressés au directeur, a l’ idée de faire soigner Colora par le psy, est chargé de fermer le théâtre et le rideau au moyen d’une télécommande etc

COLORA de SYDNEY, cantatrice ( rôle muet, mime ), colorature que le directeur a ramenée de Sydney pour l’ engager (Scène dans un avion Concorde ) atteinte d’ extinction de voix et que le psy va psychanalyser pour la guérir de son mutisme.

Un CHEF DE CHOEUR, très irritable (ténor )

CHOEUR INFERNAL ( mixte avec chœur d’ enfant ad lib ) qui répète en coulisse

Deux Danseurs, deux danseuses.

Cette œuvre composée en 1991 a reçu le Prix spécial de la Ville de Genève et a été créee par l’Opéra Royal de Wallonie à Liège en février 1998

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Je ne voudrais pas essuyer le ridicule d’établir des “règles” de la Mise en Abyme mais force est de constater que dans tous les exemples cités les constantes suivantes :

– Jeu de miroir plus ou moins déformant avec engendrement de sous-récits et itération motivique du matériau. Palindromisation. Trompe-l’œil. Trompe-l’oreille.

– Utilisation de la citation ou de l’insert voire du cliché et du lieu commun qui provoque le clin d’œil au spectateur-auditeur. Calembour sous toutes les formes.

– transformation en ambiguïté des genres avec collage ou superposition

– relativisation transitionnelle du temps.

– irruption de l’ironie , de la critique acerbe voire de la dérision.

– Débordement inattendu dans la vie réelle.

 Une réplique*

 Orphée — … Vous me rappelez le Pape Jules II qui interpella Michel-Ange sur son échafaudage en lui criant :Vous dépassez le budget!

Le Directeur — Ma parole, il se prend pour Michel-Ange !

(Scène 6 )

 J’en arrive enfin à ma propre œuvre : “ORPHÉE ABYMÉ”, Opéra-bouffe de chambre vidéo.

L’utilisation d’écrans vidéo dont sera tapissé le décor est déjà en lui-même un terrain on ne put plus propice à la Mise en Abyme en ce qui concerne la réalisation et la mise en scène.

Il importe de préciser la fonction, la silhouette et la voix des six personnages (en quête de producteur) fortement typés et dont aucun n’est jeune premier, Diva ou rôle principal.

– ORPHÉE, (Baryton martin) poète-compositeur qui tente d’obtenir des RV avec le Directeur un peu trop souvent absent afin de faire jouer son opéra “ORFEO

– Le DIRECTEUR de l’Opéra M. Gottfried W (Basse) en proie à des difficultés financières, refuse d’abord, accepte ensuite sous la pression de sa Secrétaire mais va se voir refuser les subsides ministériels pour jouer “Orfeo

– la SECRÉTAIRE, Perséphone (soprano) maîtresse du Directeur ensuite amoureuse d’Orphée.

– un PSYCHIATRE (Haute-contre) qui veut mettre “Orfeo” en scène, jargonne sur sa conception de l’opéra ( “Il importe de relire les œuvres du passé à la lumière de la psychologie d’aujourd’hui; Orfeo est un œdipien etc…”) veut aussi convaincre le Directeur ensuite se sent tout surpris de tomber amoureux de la Secrétaire puis de la Cantatrice.

– le CONCIERGE, M. Caron-Cerbère (Ténor bouffe ) qui a tout à dire dans cette maison, lit les fax adressés au Directeur, prend l’initiative de faire soigner la cantatrice muette par le psy est chargé de fermer le théâtre, les lumières et le rideau avec sa télécommande etc.

– COLORA de SYDNEY, cantatrice (rôle muet, mime), Colorature que le Directeur a ramené de Sydney (Scène dans un Concorde), atteinte d’extinction de voix chaque fois qu’elle voyage et que le Psy va analyser pour en tirer des conclusions mais sans la guérir de son mutisme pour autant.

– Un CHOEUR INFERNAL ( mixte avec chœur d’enfants ) qui, répète en coulisse (préenregistré avec forte réverbération) et un CHEF de CHŒUR irrité (ténor) que l’on voit apparaître sur les écrans vidéo dans le bureau du Directeur qui peut ainsi tout contrôler malgré ses nombreuses absences.

— Voix du Commandant de bord : “ Veuillez éteindre votre cigarette et attacher votre ceinture, nous entrons dans une zone de turbulence “ zone qui sera le duo-monologue Directeur-Colora dans l’avion.

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Il importait que le spectateur-auditeur soit un peu perdu par quelques contradictions inexcusables. – “Votre scène dans l’avion est irréalisable “ s’écrie le Directeur à Orphée et au Psy. Or il se trouve qu’une telle scène dont il était lui-même l’acteur a déjà été vue par le spectateur qui doit se demander auquel des trois opéras il assiste : Orfeo, celui d’Orphée, représenté sous l’aspect virtuel de la Partition, “Euridice” répété en coulisse mais partiellement visible sur les écrans vidéo ou un autre réellement joué avec un orchestre invisible.

En ce qui concerne la progression dramatique du livret, la distribution des intervenants dans le temps, il m’a suffi de dresser un tableau à deux entrées destiné à contrôler les rencontres des protagonistes dans le but de connaître qui est déjà intervenu avec qui, en duo, en trio ou dans une scène tutti afin d’épuiser toutes les combinaisons possibles de personnages.

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HUIT Scènes dont deux tutti avec chœur + dont une scène dans la salle.

Une Ouverture – vidéo : 7 interludes dont un interlude-surprise non chanté mais vidéoté.

 Et la Musique ?

Bien qu’aucune tonalité précise ne se manifeste clairement dans ORPHÉE ABYMÉ, un nombre limité d’harmonies est utilisé afin de donner une couleur harmonique particulière avec des motifs récurrents et reconnaissables. Parfois de larges plans harmoniques sur une basse immobile soutiennent le chant comme dans une sorte de récitatif mesuré (Scène 7)

La musique ou plus exactement le chant suit le texte de très près en épousant les moindres fluctuations des phonèmes et de l’articulation avec ses accents et son rythme. Quelques exemples feront comprendre comment la sonorité du texte a directement inspiré le compositeur

Le personnage du PSY en plein travail sur lui-même a besoin qu’on l’écoute alors que son métier exige plutôt d’être à l’écoute des autres. Or il n’arrête pas de clamer “Écoutez-moi!”( ce sont d’ailleurs les derniers mots du livret, peut-être aussi, est-ce le cri d’Orphée). Cette supplication engendre un motif musical constitué d’une anacrouse “Écoutez-” suivie d’un accent “-moi” sur une note aiguë et devient donc un leitmotiv verbo-musical sujet à variations

 Le leitmotiv de la cantatrice COLORA est mélodique (début de l’ouverture-vidéo et surtout chanté par le Concierge

 Le cor qui personnifie le CONCIERGE (M. Caron-Cerbère) se met littéralement à aboyer grâce à l’utilisation d’une sourdine. Leitmotiv de timbre, de couleur.

 Un rythme syncopé au piano ou à la percussion personnifie le DIRECTEUR comme si ce dernier voulait imposer son autorité en frappant sur la table. Leitmotiv rythmique.

Malgré ma répugnance pour la citation , il a fallu que j’aie recours à ce procédé. En effet que faire lorsqu’une cantatrice-personnage est muette ? Lorsque Colora se laisse psychanalyser elle parle silencieusement avec le langage des sourds-muets et répond à côté. Une citation de Mozart se fait entendre à ce moment. Il s’agit de l’air célèbre de la Reine de la Nuit pour colorature joué au piccolo ( une Hypercolorature !) pour aboutir avec clin d’œil au spectateur-auditeur à l’ironie, voire à le dérision. Une Gorgone répond alors à sa place via un écran vidéo: elle a oublié le solfège, souffre de solipsisme et accuse le Directeur d’avoir voulu la violer dans l’avion !

Sans chercher à subvertir ou à transformer la sonorité ou l’émission des sons aux instruments, la diversité dans le coloris est exploitée en fonction du nombre réduit d’instruments dans la version de création (flûte avec piccolo, clarinette, cor, percussion avec vibraphone, violon, violoncelle et piano; tous les groupes de l’orchestre sont donc représentés). Il existe une version avec orchestre de chambre élargi (42 instruments). C’est cette version qui a obtenu le Prix spécial de la Ville de Genève en 1991. La version de création pour ensemble réduit a été réalisée afin de pouvoir être représentée dans de petites salles et ainsi faire l’objet de tournées. Ce spectacle fut donné sept fois en divers lieu en mars-avril 1998

Enfin, il importe de rendre hommage à l’Opéra Royal de Wallonie de Liège et à son enthousiaste Directeur Jean-Louis Grinda, à la metteur en scène très imaginative, Claire Servais, à la décoratrice Valérie Urbain au talentueux chef Jean-Pierre Haeck et à tous les interprètes, chanteurs et instrumentistes qui en rien n’ont “abîmé” Orphée !




PB MICHEL est compositeur, prof hnr. de composition au Conservatoire Royal de Bruxelles et d’Analyse musicale à la Chapelle musicale Reine Elisabeth.

Cette étude retravaillée depuis a fait l’objet d’une communication effectuée à l’Académie Royale de Belgique et parue dans le Bulletin de la Classe des Beaux-Arts (Numéro de décembre 1998.)

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